“Prête-moi ta plume”, un roman brestois sur les stars et la radio (en ebook sur Kindle)

Voici mon premier (et unique roman) sur une thématique qui m’est chère, la radio associative.

C’est celle des territoires, qui raconte le quotidien des gens. Elle ne marche pas à l’émotion, en mettant une affaire criminelle, la sécurité et le pouvoir d’achat sur le devant de la scène parce que c’est bon pour l’audience et la pub. Elle valorise au contraire les héros du quotidien et aiguise la curiosité. Je l’ai peaufiné au gré de mes envies, avec la musique du site Qobuz entre les oreilles (des trucs que forcément, personne n’écoute)…

Ce roman court se lit en une heure. Il est disponible sur Amazon pour 0,99 € (gratuit si vous avez un abonnement Kindle). Et puis l’histoire se déroule à Brest… Alors, un énorme merci pour vos retours !

Et maintenant, le résumé :

Florent Girard, animateur-vedette d’une radio musicale parisienne, est licencié après une malheureuse émission. Il se retrouve à Brest, loin du milieu du show-biz qu’il a longtemps fréquenté. Il raconte sa reconversion à la charmante et coriace Inès, reporter d’un journal people. Qui sortira gagnant de ce tête-à-tête aux multiples rebondissements ?

Cette histoire est inspirée du quotidien de l’auteur, journaliste sur une radio associative à Brest.


L’eau à la bouche :

Mars 2019

En contrebas du sentier, la mer furieuse croquait les dunes à l’envi. Le site de la météo n’avait pas péché par optimisme ce jour-là. Le climat se déréglait, Dame Nature reprenait ses droits, filait une raclée à l’Homme. Le littoral gardait des stigmates pour toujours.

Cette réflexion apocalyptique l’accompagna sur le chemin vers la longère. Ce qui poussait Florent à presser le pas, ce n’était pas l’impatience de la rejoindre, mais plutôt l’inconfort provoqué par la pluie battante qui pilonnait son visage sous la lumière brouillée des réverbères. Il avait tellement hâte de se mettre au sec ! Vous ne pourrez pas vous tromper, c’est la maison juste après le centre nautique, lui avait indiqué Inès par texto.

À peine avait-il ôté son index du bouton de l’interphone qu’une voix grésillante surgissait du haut-parleur. Le choc des talons sur le gravier s’intensifia, et le portail s’ouvrit dans un léger crissement.

Je vous rencontre enfin ! se pâma la jeune femme en lui serrant la main.

C’est vrai qu’elle est jolie avec son nez en trompette, jugea l’homme dont l’ensemble du corps était maintenant protégé par le parapluie de la jeune femme. Il avait tourné et tourné avec sa voiture sur le port avant de trouver sa route. Une fois sorti de l’habitacle, avec la flotte sur ses lunettes il n’y voyait tellement rien qu’il avait du les essuyer dix fois, et puis ses chaussettes étaient trempées… Inès trouvait fâcheux qu’il se soit garé sur le parking du centre de voile et pas devant la maison. Quelle putain de bonne idée grogna Florent, il aurait déjà fallu que je me repère dans le brouillard. C’était de l’histoire ancienne de toute manière, son attention s’étant depuis concentrée sur les adorables petites fesses qui se découpaient à moins d’un mètre de lui, sous un jean moulant.

Une fois dans la maison, Inès s’empara de son blouson pour le suspendre face au feu.

J’ai préparé du café, vous en voulez ?

C’est la moindre des politesses quand on vient de prendre la douche de l’année, eut-il l’élégance de ne pas laisser paraître.

J’ai démarré aux aurores, c’est très gentil, ça me fera le plus grand bien.

Vous pouvez vous asseoir là, suggéra-t-elle en désignant un fauteuil club dont le cuir était plus écorché qu’un gruyère sous une râpe à fromage.

Une armoire cossue, une table paysanne et un fût réincarné en bar renforçaient, sous les poutres rustiques, le pittoresque de l’endroit.

C’est sympa chez vous, chaque objet est à sa place, commenta Florent avec une effrayante politesse.

J’adore les vieilles choses, je fréquente régulièrement les puces, je ne rentre jamais bredouille, il y a toujours des trucs à chiner comme les montres, j’en possède d’ailleurs une jolie collection, vous voulez voir ? sonda Inès en lui présentant son bras gauche.

Une Cartier en or jaune sublimait son poignet. Florent réclama de lui tenir la main pour s’en faire une idée précise, mais elle esquiva.

Elle ne m’a rien coûté, dit-elle, on me l’a offerte pour me remercier d’un article, j’ai aussi des parfums de la marque.

Le papier était sans doute flatteur, réagit Florent en jouant de la même désinvolture.

On ne me corrompt pas facilement, mais si c’est gratuit et luxueux, pourquoi refuser, vous savez à combien elle part sur eBay, cette montre, dix mille euros !

Florent insista pour connaître l’heureux élu.

Ouvrez grand vos oreilles, prévint Inès depuis la cuisine, c’est un acteur, il a plus de quatre-vingts ans, il ne s’est jamais marié, on ne lui connaît pas d’enfant légitime, il donne régulièrement aux œuvres de protection des animaux, d’ailleurs la presse s’en est fait l’écho il y a peu. Si avec ces éléments, vous ne trouvez pas, Florent, c’est qu’on vous a siphonné le cerveau !

Inès refusa de citer des films dans lesquels le type avait donné la réplique. Elle ne s’enorgueillit pas non plus de la nature de leurs relations. Le chantage sexuel étant une chose fréquente dans le show-biz, il ne serait pas absurde, pensa Florent, qu’elle se soit laissée convaincre par ce vieux porc. Il lui suggéra des noms mais elle trouva plus malin de le menacer.

J’ai deux options pour l’article, soit balancer le parcours d’un animateur radio intègre, soit celui d’une pourriture, que m’offrirez-vous, Florent, en récompense de votre portrait dans Golden People ?

Jouer aux devinettes avec la belle Inès s’avéra vite périlleux. Il se demandait dans quel chausse-trappe il s’était encore fourré.

Je n’ai rien à me reprocher, justifia-t-il, que la presse et mon entourage ne sachent déjà.

À votre aise, nous avons deux heures pour faire la lumière sur votre passé, n’omettez aucun détail, surtout ! renchérit Inès en lui tendant son café et une assiette de gâteaux à hauteur des lèvres. Elle croqua dans l’un d’eux pour chasser sa méfiance.

Ils ne sont pas empoisonnés, j’ai encore besoin de vous.

Florent se laissa tenter, en dépit d’une évidente crispation.

Rien ni personne ne sera jamais assez puissant pour me faire parler sous la contrainte, affirma-t-il tout bas.

Puis la grêle s’invita dans la cour, dissipant chez lui toute velléité de départ.

Pour ce tarif, claironna Inès, j’aurais pu louer une minuscule chambre à l’hôtel, mais c’est quand même plus agréable ici, vous ne trouvez pas ?

C’est… charmant, si cette maison vous plaît, alors tant mieux, trouva-t-il à répondre avant qu’elle n’exprime avec vanité que le journal lui devait bien cette faveur vu l’oseille que ses articles rapportaient.

Puis elle se cala dans le deuxième club, face à lui, croisa les jambes et enchaîna sur Jim Dupuy, le paparazzi le plus haï des people.

Demain matin, il vous tirera le portrait sur votre lieu de travail, histoire d’être dans le contexte, comme on dit.

Florent ignorait qu’il avait repris du service après ses multiples condamnations.

On s’est régulièrement vus à Paris dans des soirées mondaines, mais Dupuy je ne l’apprécie vraiment pas, crut-il bon d’avouer.

C’est à cause de Clara ? demanda la journaliste.

Oui, elle a eu maille à partir avec lui. Son agence a gagné deux fois en justice contre Golden People après la publication d’images de prétendues liaisons, mais c’était avant qu’on se fréquente.

Inès se flatta que son journal ait payé les frais de procédure, les amendes et les dommages et intérêts. Elle lui assura que Jim était leur meilleur photographe et que dévoiler de fausses histoires de cul faisait partie de la ligne éditoriale. Quand elle lui ordonna de ne pas profiter de la rencontre du lendemain pour régler leurs différends, Florent explosa.

Savez-vous, Inès, combien de fois mon ex a fait la Une de Golden People ? Pouvez-vous me dire à combien d’exemplaires vous avez vendu votre torchon grâce à la publicité qu’on vous servait gratuitement dans notre revue de presse à la radio ?

Calmez-vous ! temporisa la journaliste, votre bonne humeur à l’antenne n’a pas sauvé l’humanité, que je sache.

Florent fit son mea culpa. Inès laissa entendre sur le même ton condescendant qu’il devait se sentir bien seul depuis qu’il avait été évincé de ZicMu et que Clara l’avait quitté.

Comment savez-vous qu’elle est partie, aucun journal n’en a parlé ! s’étonna-t-il.

J’ai une bonne copine à Paris, Éva Tracy, ce nom-là ne vous dit rien ?

La jeune femme lui donna des nouvelles de la chanteuse.

Son dernier album a beaucoup de succès, et c’est grâce à vous.

Sentant Florent de plus en plus irrité, Inès l’intima de lui pardonner son arrogance et lui précisa l’angle du portrait.

Mes lectrices affectionnent les stars tombées dans l’anonymat, c’est pourquoi je voudrais vous remettre sur le devant de la scène.

Il tenta une sortie en douceur.

Que ce soit clair entre nous, j’ai tiré un trait sur mon passé d’animateur radio à Paris, je ne fais plus parler les célébrités sur ZicMu et elles ne me réclament pas, d’ailleurs. Je me fiche bien qu’on se souvienne de moi, en revanche, si mon témoignage peut aider les gens à mieux connaître la société du spectacle et les dessous du star-system, alors posez-moi vos questions, Inès, je répondrai sans détour.

Une rangée de dents impeccablement alignées révéla un sourire envoûtant. Mettez-moi des étoiles dans les yeux, Florent, j’ai hâte de savoir comment vous avez séduit Clara !

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Christophe Pluchon Podcast et Coquographie

Journaliste radio sur RCF Finistère (ex Radio Rivages) depuis bientôt trente ans, collaborateur pour le réseau de femmes entrepreneuses "Femmes de Bretagne" et pour le magazine "Pages de Bretagne" de l'Établissement Public de Coopération Culturelle "Livre et Lecture en Bretagne". J'adore la radio et surtout le reportage, je lis des ebooks et je réécoute les vinyles de mon adolescence.

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